Je fonde l'espoir d'un monde plus juste, plus équitable et que nous prenions enfin conscience que nous sommes tous plus ou moins victimes et acteurs de nos propres existences et qu'il ne tient qu'à chacun denous de faire en sorte que nous puissions partager l'espace que nous offre nos ville, nos villages et que notre terre n'est après tout, que notre maison donc celle que l'on doit donner en héritage à nos enfants...
ALORS PLUS QUE JAMAIS, ce blog s'adresse à toutes celles et à tous ceux qui pensent encore cela... CLIQUE SUR LE FILM.
Conçue
comme une respiration dans la grille de programmes, cette série sera l’occasion
d’une rencontre avec un poème, une voix, un comédien et finalement, un univers
particulier durant les 24 premiers jours qui précédent Noël.
Narrative,
décalée, métaphorique, illustrative ou tout simplement dépouillée, chaque mise
en scène constituera un regard original, jeté sur une œuvre singulière.
A
l’heure où, à l’école comme dans de multiples domaines, la poésie est remise à
l’honneur, ou encore, déclinée sous les formes les plus diverses, nous pensons
que les œuvres des poètes, acquièrent une actualité, gagnent en nécessité,
reprennent tout naturellement leur place dans la vie sociale et culturelle et
méritent une nouvelle vie par l’intermédiaire du petit écran.
Pour
chacun de nous, le terme poésie évoque les bancs de l’école et du lycée, les
leçons plus ou moins bien apprises, la passion du professeur, parfois transmise
à des adolescents en quête de cette vie plus vaste, plus intense, ouverte à
l’inconnu, dont le chantre fût ce Rimbaud que le siècle surnomma « l’homme
aux semelles de vent ».
C’est
enfin, la rencontre avec une écriture exigeante, que certains pensent désuète,
quand d’autres en retiendront l’aventure et les risques. C’est l’histoire de la
dure et âpre lutte avec le langage, de la transformation de la vie par la
parole, de la mission et de la place de l’écrivain.
Mélanges
actuels et inactuels, bouffées de fraîcheurs ou de nostalgie, moments d’émotion
et de vérité, voilà, pourquoi Noël, pourquoi la poésie, pourquoi "LES POESIES DE L'AVENT"
Une Petite Lumière
"Chacun dit du bien de son cœur et
personne n'en ose dire de son esprit."
François de la Rochefoucauld
1613-1680
11 / Jean-Claude BRINETTE Une petite lumiÈre
Qu'est-ce qui ne va pas ce soir ?
T'as l'air abandonné ?
Tu broies encore du noir,
Pourquoi te chagriner ?
Cherche
dans l' Univers
Espère et tu verras :
Une toute petite lumière,
Qui vient et grandira,
De
sa flamme invisible
Elle réchauffera ton cœur
Apportant dans ta vie :
Un peu de sa chaleur.
Ignore
les gens avides qui vivent dans les nuages
Et regarde le soleil qui t'invite au voyage
Pour les yeux d'une biche tu changeras ton destin,
En voyant le printemps fleurir sur ton chemin...
Alors
encore une fois, tu os(e)ras dire : je t'aime
Et tu trouveras la force qui résout les problèmes
Même si tu as mille raisons de pleurer sur toi-même,
N'oublie pas que les autres ont aussi de la peine.
Et
qu'ils cherchent comme toi :
Cette petite lumière,
Qui vient d'un Univers
Où seul l'amour est LOI !
Garde
bien cette étincelle,
Au fond de ta mémoire
Il suffira d'y croire.
Pour voir la vie plus belle
Dans
la nuit recouverte de brillants solitaires,
L'infini vous invite dans un monde de lumières
Garçons et petites filles, perdus sur cette Terre
Prenez toujours le temps de faire une prière.
« Une Petite
Lumière »
1. Extérieur. Ensemble ville. Nuit
Les
lumières d’une grande ville scintillent de mille feux. A l’horizon, un clair de
lune révèle un ciel ténébreux chargé de lourds nuages.
Une
rame de métro serpente tout près des immeubles.
2.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
Bercé
par le vacarme mécanique, un jeune homme d'une vingtaine d’années somnole l’air
bougon, les cheveux en bataille, emmitouflé dans son blouson. Il voyage seul dans
le wagon.
3.
Extérieur. Quai de métro. Nuit
Sur
le quai désert, seul un drôle de bonhomme, immense par sa taille et sa
corpulence, habillé d’une lourde redingote usée attend la rame. On dirait un artiste, un rêveur ou un poète
tout droit débarqué du 19ème siècle.
4.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
Le
jeune homme cherche une position confortable pour s’assoupir.
5.
Extérieur. Quai de métro. Nuit
La
rame s’arrête. les portes s’ouvrent. L’homme monte.
6.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
L’homme
regarde le jeune homme et va s’assoir près de lui.
Le
métro reprend sa route.
Le
jeune homme toujours les yeux fermés n’a pas remarqué la présence. Il se tourne
et se retourne sous le regard amusé de ce drôle de passager.
Le
jeune homme ouvre les yeux et constate la présence. Il se redresse, dévisage
l’homme qui ne le quitte pas des yeux. Il semble contrarié par la présence,
appuyant sa tête contre la vitre, il ferme les yeux et reprend son somme.
L’homme Voix Off: (un chuchotement)
Qu'est-ce qui ne va pas ce soir ?
T'as l'air abandonné ?
Le
jeune homme ouvre les yeux et se tourne vers l’homme.
Le jeune homme
Vous me
parlez ?
L’homme
relève son visage, il a un livre dans ses mains.
L’homme (d’une voix délicate)
Non je lisais. Veuillez m’excuser.
Le
jeune homme mécontent d’avoir été dérangé reprend sa position en ronchonnant.
L’homme (Voix
Off)
Tu broies encore du noir,
Pourquoi te chagriner ?
7.
(Insert) Extérieur. Roues
du métro. Nuit
Les
platines crachent des étincelles dans l’obscurité,.
8.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
Délaissant le
livre qu’il pose sur ses jambes, l’homme relève son regard vers le jeune homme.
Il plonge une main dans la poche de son veston et en extrait une poussière d’or
qu’il souffle sur le visage du jeune homme.
9.
Extérieur. Route de campagne. Nuit
Sur une route de campagne, un enfant perdu ayant quelques
ressemblances avec le jeune homme du métro, tente de fuir une haute silhouette
chargée de nuit qui le poursuit et efface dans les ténèbres tout sur son passage
; Les bruits des roues du métro se confondent avec un cri d’oiseau. (Vue de
la scène des airs : regard de l’oiseau. Brutale redescente comme si
l’oiseau fondait sur l’enfant). Sursaut du jeune homme dans le métro. La
dernière scène se transforme en dessin à l’encre noire sur la page d’un livre.
10.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
Une main se pose sur cette page
Le poète quitte l’ouvrage et regarde
avec indulgence le jeune homme toujours endormi.
L’homme (Voix Off)
Cherche
dans l'Univers
Espère et tu verras :
Une toute petite lumière,
Qui vient et grandira,
L’homme quitte
du regard le jeune homme et s’apprête à tourner une page.
11.
Extérieur. batisse. Nuit
Les contours d’une maison s’effacent
partiellement, engloutis par une encre noire qui se déverse d’un encrier renversé.
La pointe d’une plume vient puiser la
substance sombre et écrit :
De sa
flamme invisible elle réchauffera ton cœur apportant dans ta vie :
Un peu de sa chaleur.
Puis le parchemin se roule.
12.
Intérieur. Crypte . Nuit
Le poète est dans une crypte ouverte au
quatre vents. Une multitude de petite bougie brulent sur un autel et se
consument. Sous l’effet des courants certaines petites flammes s’éteignent ou
sont sur le point de s’éteindre, mais
l’homme passant de l’une à l’autre les surveillent avec attention et
veillent à ce que toutes entretiennent une petite lueur.
L’homme (Tout affairé à son ouvrage)
Ignore les gens avides qui vivent dans les nuages
Et regarde le soleil qui t'invite au voyage
Pour les yeux d'une biche tu changeras ton destin,
En voyant le printemps fleurir sur ton chemin...
Alors
encore une fois, tu oses ou tu oseras dire je t'aime
Et tu trouveras la force qui résout les problèmes
Même si tu as mille raisons de pleurer sur toi-même,
N'oublie pas que les autres ont aussi de la peine.
Et
qu'ils cherchent comme toi :
Cette petite lumière,
Qui vient d'un Univers
Où seul l'amour est LOI !
13.
Extérieur. Route de campagne. Nuit
Nuit sur le chemin. La masse d’ombre
avance..
la masse d’ombre semble dérouler avec
elle un rideau de nuit. L’enfant fixe cette masse sombre, qu’il fuit. De cette
masse émerge alors un visage, celui de l’homme qui est monté dans le métro. Le
visage n’est ni hostile, ni amical, simplement énigmatique, silencieux. Il est
assis sur une borne en bord de route. Dans sa course, l’enfant le regarde.
L’homme lui indique la direction d’une maison. Reprenant son souffle et regardant l’ombre qui s’avance derrière
lui en effaçant tout sur son passage, le petit enfant reprend sa course vers la
maison.
il pousse la porte et s’engouffre à
l’intérieur.
14.
Intérieur. maison. Nuit
l’enfant court dans un long couloir, la
nuit. Ses appels sont effrayés. Une femme en chemise de nuit court à sa
rencontre ; le souffle court, l’enfant se blottit contre elle. La mère
tente de le rassurer. La mère :
Elle était
encore là ?
La
rame atteint la station et le bruit des portes qui s’ouvrent réveillent le
jeune homme.
Il
constate que le passager est partie et qu’il a oublié son livre sur le siège,
un ouvrage de belle facture.
Le
jeune homme se penche et attrape le bouquin resté ouvert couverture vers le
haut.
Il
le regarde et il est surpris de voir sur la page un dessin qui représente un
livre posé sur le siège et un jeune homme lui ressemblant se pencher pour
l’attraper.
Une
belle écriture orne la dessin.
le jeune homme (lisant la strophe)
Garde
bien cette étincelle,
Au fond de ta mémoire
Il suffira d'y croire.
Pour voir la vie plus belle
Le
métro n’a pas encore démarre.
Il
se lève et court vers la porte.
Il
regarde à droite puis à gauche et il voit le personnage qui s’éloigne. Il
l’interpelle.
Le jeune homme
Eh monsieur ! Monsieur !
15.
Extérieur nuit. Quai de métro.
Sur
le quai l’homme se retourne,
le jeune homme (Voix Off)
Votre livre…
Les
portes se referment et le jeune homme bloque le système de fermeture et
répète.
Le jeune homme :
Vous avez oublié votre livre.
L’homme
Gardez-le…
Je vous l’offre.
16.
Intérieur. Wagon de métro. Nuit
Le
jeune homme libère la fermeture.
Il
va s’assoir et songeur il regarde l’ouvrage. Il ouvre le livre et fait défiler quelques pages. (On reconnaît diverses scène
que l’on vient de vivre.) Il arrive à la page où le livre est posé sur
le siège, puis il tourne la page. Surpris, il découvre le dessin représentant
la scène avec l’homme sur le quai le regardant. Il tourne encore une page qui le montre assis en train de lire l'ouvrage Près du dessin la dernière
strophe écrite.
Voix Off du de l’homme :
Dans
la nuit recouverte de brillants solitaires,
L'infini vous invite dans un monde de lumières
Garçons
et petites filles… Perdus sur cette Terre
Prenez toujours le temps… De faire une petite prière.
Le jeune homme perplexe regarde l’ouvrage et s’apprête à
passer à la page suivante… Il hésite puis referme le livre et colle son visage
vers l’extérieur cherchant un hypothétique explication. Reflet dans la vitre du
métro, alors que défile la ville dans la nuit.
17.
Extérieur nuit. Ensemble ville.
Le
métro à pleine vitesse.
Les
lumières des habitations scintillent de mille feux. Fondu au noir INTERTITRE ..."Poussière d’étoiles sur écrin d’ébène. le clair de lune trahit un ciel de ténèbre"...
FIN
Continuité
Dialoguée
1er Version
1.
Ruelle. EXTERIEUR. NUIT
(Décor 18ème
siècle. Quartier populaire).
Tard dans la nuit, un homme d’un certain âge gravit
un étroit trottoir de pavés. Sa démarche est lente et soutenue par une canne.
L’homme (Voix Off)
Un soir, vers minuit, je remontais un faubourg où se trouvait ma
demeure, lorsque, levant les yeux par hasard, je remarquai le numéro d’une
maison éclairé par un réverbère. Ce nombre était celui de mon âge. Aussitôt, en
baissant les yeux, je vis devant moi une femme au teint blême, aux yeux caves,
qui me semblait avoir les traits d’un amour disparu.
L’homme stoppe sa marche et se retourne sur les pas
de la femme qui s’éloigne et disparaît dans la pénombre.
L’homme (Voix Off)
Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes
d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible.
2.
Cage d’escalier. INTERIEUR.
NUIT
La cage d’escalier est sombre simplement éclairé à
sa base par une petite lampe qui donne aux murs défraîchis un aspect
inquiétant.
L’homme arpente un escalier en colimaçon.
L’homme (Voix Off)
C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de
l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le
séjour des limbes.
3.
Mansarde. INTERIEUR. NUIT
(Décor chambre
de bonne mansardée, sombre et chichement meublée)
Une porte s’ouvre dans un grincement, l’homme
apparaît dans la petite pièce, il fait craquer une allumette, la flamme
alimente une bougie
L’homme (Voix Off)
Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer
ces apparitions bizarres et le monde des Esprits s’ouvre à nous…
L’homme traverse la petite pièce et va s’allonger
sur un lit posté près de la fenêtre. Son regard fixe le firmament à travers la
petite fenêtre.
L’homme (Voix Off)
Cette nuit là, je fis un étrange rêve…
4.
Bâtiment désaffecté.
INTERIEUR. NUIT
(Hôpital
désaffecté de Rochefort en Charente maritime)
L’homme se perd dans d’innombrables couloirs qui se
succèdent sans suite logique.
D’innombrables portes jalonnent les couloirs, toutes
ses tentatives pour les ouvrir se soldent par des échecs.
Intertitre
… "Je me perdis plusieurs fois dans de longs corridors"…
L’une d’elle s’ouvre et lui permet de quitter le
couloir.
Il atteint une immense rotonde. Un ciel bleu où les
nuages moutonnent à travers les verrières laisse apparaître un être aillé qui
vient qui vient s’écraser au pied de
l’homme.
L’homme (Voix Off)
… en traversant une des galeries centrales, je fus frappé d’un
spectacle étrange. Un être d’une grandeur démesurée, - homme ou femme, je ne
sais pas, - voltigeait péniblement au-dessus de l’espace et semblait se
débattre parmi des nuages épais.
5.
Petite cour obscure.
EXTERIEUR. NUIT
(Petite cour
étroite aux murs lépreux)
L’homme se retrouve au milieu d’une cour, alors que
l’ange tombe à ses pieds.
L’homme (Voix Off)
Manquant d’haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour
obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres.
Je pus le contempler un instant. Il était coloré de teintes vermeilles, et ses
ailes brillaient de mille reflets changeants.
L’être ailé se relève et replie ses ailes autour de
lui telles une cape qui se transforme en robe antique. Son visage androgyne se
transforme et prend les traits d’un vieil homme qui pourrait ressembler à
Socrate ou Platon. Les deux hommes se fixent
intensément et le visage du vieil homme se métamorphose en une
succession de visages tous différents pour finir par prendre les traits de l’homme
face à lui.
6.
Mansarde. INTERIEUR. NUIT
Dans un cri
d’effroi, l’homme se réveille en sursaut et de ses mains déchirent le rêve
encore présent tout autour de lui, tel
une toile d’araignée qui s’effiloche et disparaît petit à petit.
L’homme se lève et s’assoit sur le bord du lit
encore essoufflé. Puis son regard se perd à nouveau.
L’homme
… Un autre soir, durant un autre
rêve, je crus avec certitude, être transporté sur les bords du Rhin. En face de
moi se trouvaient des rocs sinistres dont la perspective s’ébauchait dans
l’ombre. J’entrai dans une maison riante, dont un rayon du soleil couchant
traversait gaiement les contrevents verts que festonnait la vigne. Il me
semblait que je rentrais dans une demeure connue, celle d’un oncle maternel,
peintre flamand, mort depuis plus d’un siècle.
7.
Demeure bourgeoise (grand
salon). INTERIEUR. NUIT
L’homme déambule dans un grand salon orné de grandes
peintures murales.
L’homme (Voix Off)
Les tableaux ébauchés étaient suspendus çà et là ; l’un d’eux
représentait la fée célèbre de ce rivage.
Une dame vint à sa rencontre.
L’homme (Voix Off)
Une vieille servante, que j’appelais Marguerite et qu’il me semblait
connaître depuis l’enfance, me dit :
La servante
Allez vous mettre sur le lit.
L’homme
Mais je ne suis pas fatigué.
La servante
Je le sais.
8.
Demeure bourgeoise
(chambre). INTERIEUR. NUIT
La servante
Vous venez de loin, et votre oncle rentrera tard ; on vous
réveillera pour souper. »
L’homme
Mais je n’ai pas envie de dormir, d’autant que j’ai déjà l’impression
d’être dans mon propre rêve.
La servante
C’est juste, vous êtes effectivement en train de rêver, mais ce rêve là
est bien trop proche de votre réalité.
Votre oncle vous attend dans une contrée qu’il faut protéger et qui se cache
bien au-delà de vos rêves. Dormez. Il vous y attend.
L’homme regarde d’un air perplexe la servante.
La servante arbore un gentil sourire.
La servante
Le monde invisible protège tous vos rêves confisqués. FIN
"La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve, et vous
n'aurez vécu que si vous avez aimé."
Alfred de Musset
1810-1857
11/ Gérard de NERVAL Aurélia
(Univers poétique)
Le rêve est une seconde vie. Je
n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du
monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la
mort ; un engourdissement nébuleux
saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue
l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et
où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles
qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté
nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : - le monde des
Esprits s’ouvre à nous…
Nicolas BOILEAU L’AUTEUR Craignez-vous
pour vos vers la
censure
publique ? Soyez-vous à vous-même un sévère critique.L'ignorance toujours est prête à s'admirer.Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères, Et de tous vos défauts les zélés
adversaires.
Dépouillez devant eux l'arrogance d'auteur ;
Mais sachez de l'ami discerner le flatteur :
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue.
Un flatteur aussitôt cherche à se récrier :
Chaque vers qu'il entend le fait extasier.
Tout est charmant, divin : aucun mot ne le blesse ;
Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ;
Il vous comble partout d'éloges fastueux :
La vérité n'a point cet air impétueux.
Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,
Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :
Il ne pardonne point les endroits négligés,
Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,
Il réprime des mots l'ambitieuse emphase ;
Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase.
Votre construction semble un peu s'obscurcir ;
Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir.
C'est ainsi que vous parle un ami véritable.
Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable
À les protéger tous se croit intéressé,
Et d'abord prend en main le droit de l'offensé.
De ce vers, direz-vous, l'expression est basse, -
Ah ! monsieur, pour ce vers je vous demande grâce,
Répondra-t-il d'abord. - Ce mot me semble froid ;
Je le retrancherais. - C'est le plus bel endroit ! -
Ce tour ne me plaît pas. - Tout le monde l'admire.
Ainsi toujours constant à ne se point dédire,
Qu'un mot dans son ouvrage ait paru vous blesser,
C'est un titre chez lui pour ne point l'effacer.
Cependant, à l'entendre, il chérit la critique ;
Vous avez sur ses vers un pouvoir despotique,
Mais tout ce beau discours dont il vient vous flatter
N'est rien qu'un piège adroit pour vous les réciter.
Aussitôt il vous quitte ; et, content de sa muse,
S'en va chercher ailleurs quelque fat qu'il abuse :
Car souvent il en trouve : ainsi qu'en sots auteurs,
Notre siècle est fertile en sots admirateurs
Et, sans ceux que fournit la ville et la province,
Il en est chez le duc, il en est chez le prince.
L'ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
De tout temps rencontré de zélés partisans ;
Et, pour finir enfin par un trait de satire,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire. [...]
Il était une fois une veuve qui avait deux filles ; l'aînée
lui ressemblait si fort et d'humeur et de visage, que qui la voyait, voyait la
mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses qu'on ne pouvait
vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son Père pour la
douceur et pour l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on
eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle
de sa fille aînée, et en même temps avait une aversion effroyable pour la
cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.
Il fallait entre autres choses que cette pauvre enfant allât
deux fois le jour puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle
en rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine,
il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire.
- Oui-dà, ma bonne mère, dit cette
belle fille ; et rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel
endroit de la fontaine, et la lui présenta, soutenant toujours la cruche afin
qu'elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit :
- Vous êtes si belle,
si bonne, et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don (car
c'était une Fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour
voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille). Je vous donne pour don,
poursuivit la Fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la
bouche ou une Fleur, ou une Pierre précieuse.
Lorsque cette belle
fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine.
- Je vous demande
pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps ; et en
disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux Roses, deux Perles, et deux
gros Diamants.
- Que vois-je ? dit sa mère tout étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche
des Perles et des Diamants ; d'où vient cela, ma fille ?
(Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.) La pauvre enfant lui
raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de
Diamants.
- Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille ; tenez, Fanchon,
voyez ce qui sort de la bouche de votre soeur quand elle parle ; ne seriez-vous
pas bien aise d'avoir le même don ? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la
fontaine, et quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien
honnêtement. Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine.
Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure.
Elle y alla, mais
toujours en grondant. Elle prit le plus beau Flacon d'argent qui fût dans le
logis. Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine qu'elle vit sortir du
bois une Dame magnifiquement vêtue qui vint lui demander à boire :
c'était la même Fée qui avait apparu à sa soeur mais qui
avait pris l'air et les habits d'une Princesse, pour voir jusqu'où irait la
malhonnêteté de cette fille.
- Est-ce que je suis
ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire, justement j'ai apporté un Flacon d'argent
tout exprès pour donner à boire à Madame !
J'en suis d'avis, buvez à même si vous voulez.
- Vous n'êtes guère honnête, reprit la Fée, sans se mettre en colère ; hé bien
! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque
parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un
crapaud.
D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria :
- Hé bien, ma fille !
- Hé bien, ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères, et
deux crapauds.
- ô Ciel ! s'écria la mère, que vois-je là ? C'est sa soeur qui en est
cause, elle me le payera ;
et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit, et alla se
sauver dans la Forêt prochaine.
Le fils du Roi qui revenait de la chasse la rencontra et la
voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle
avait à pleurer. Hélas ! Monsieur c'est ma mère qui m'a chassée du logis. Le
fils du Roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six Perles, et autant de
Diamants, la pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son
aventure. Le fils du Roi en devint amoureux, et considérant qu'un tel don
valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à un autre, l'emmena au
Palais du Roi son père où il l'épousa. Pour sa soeur elle se fit tant haïr que
sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien
couru sans trouver personne qui voulût la recevoir alla mourir au coin d'un
bois.
Autre Moralité
L'honnêteté coûte des soins,
Elle veut un peu de complaisance,
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins
Continuité
Dialoguée
1er Version
(Les fées peuvent clôturer la série des poésies de
l’Avent. Une histoire un peu plus longue que les autres traitements)
1.
Clairière. EXTERIEUR. AUBE
A la lisière d’une forêt, une maisonnette avec une
cheminée qui laisse échapper une fumée matinale.
Voix Off
L’histoire que je vais vous raconter se passa il n’y a pas très
longtemps dans une petite maison à la lisière d’une étrange forêt.
2.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Dans un intérieur cossu, un grand père est assis sur
un fauteuil, un livre sur les genoux et fait face à ses deux petits
enfants allongés sur le ventre par terre
et qui l’écoutent.
·
Une petite fille délicate.
·
Un petit garçon à l’air canaille.
Le grand père
(Demande aux enfants)
Vous imaginez, voyez dans votre tête la petite maison ?
Les enfants les yeux rivés sur le grand père
imaginent la scène.
3.
Insert
La petite maison au bord de la forêt.
4.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Le grand père ouvre un livre et se met à lire.
Le grand père
Il était une fois une veuve qui avait deux filles ; l'aînée lui
ressemblait si fort et d'humeur et de visage, que qui la voyait, voyait la
mère.
5.
Insert
La tête acariâtre de la mère emplit le cadre.
6.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Le grand père
Elles
étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses qu'on ne pouvait vivre
avec elles.
Le
grand père regarde ses deux petits enfants tous deux accoudés et la tête
reposant dans leurs mains.
7.
Pièce principale de la maisonnette. INTERIEUR JOUR
La
mère et la fille assises sur un divan avec un air pincé et portant beau linge.
La fille s’évertue sur une broderie. La petite aiguille pique l’index de cette
dernière qui jette tout par terre en s’exclamant.
La fille aînée
Ah je déteste la broderie !
La mère jette un regard un coin vers sa fille.
8.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Le grand père dans le salon poursuit son histoire.
Le grand père
Mais il y avait dans la maison une deuxième fille.
9.
Pièce principale de la maisonnette. INTERIEUR JOUR
La mère
(Ordonnant)
Alors ce thé, c’est pour aujourd’hui ou pour demain !
De la cuisine une jeune fille attifée d’une vieille
robe, entre avec un plateau portant théière, tasse et petit biscuit.
La cadette sert avec une infinie précaution les deux
monstres aux regards inquisiteurs. Une fois servit, la cadette recule de deux
pas et se poste devant elles.
Le grand père (Voix Off)
La cadette, qui était le vrai portrait de son Père pour la douceur et
pour l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir.
Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa
fille aînée, et en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette.
La mère tout en portant la tasse vers ses petites
lèvres et en montrant du bout des sourcil la broderie que l’aînée vient de
jeter à terre.
La mère
Ramasse !
10.
Salon. INTERIEUR. JOUR
La petite fille face à son grand père.
La petite fille
Un peu comme Cendrillon.
Le grand père
(Relevant le nez, Répète)Oui. Un peu comme Cendrillon.
11.
Clairière. EXTERIUR ; AUBE
La cadette sort de la maison avec une cruche dans
les bras.
Le grand père (Voix Off)
Il fallait entre autres choses que cette pauvre enfant allât deux fois
le jour puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle en
rapportât pleine une grande cruche.
12.
Forêt. EXTERIEUR .AUBE
Pendant que les enfants questionnent leur grand
père, la cadette traverse la forêt.
Le garçon (Voix Off)
C’est quoi une demi lieue grand père ?
Le grand père (Voix Off)
Une demi lieue c’est distance qui représente 2 kilomètres 777 mètres
exactement.
Le garçon (Voix Off)
C’est loin ?
Le grand père (Voix Off)Pour une petite fille. Oui c’est loin.
La petite fille (Voix off)
Et la cruche Grand père, combien il y a de litre dans la grande
cruche ?
Le grand père (voix Off)
Je ne sais pas peut-être 5 litres, peut-être 10 litres. Bon je
continue.
13.
Près de la fontaine. EXTERIUR ; AUBE
Voix Off
Un jour qu'elle était à cette fontaine.
La cadette s’agenouille et s’apprête à emplir la
cruche d’eau.
Une vieille et pauvre femme sort de la végétation et
vient se poster devant la cadette.
La vieille Femme
J’ai soif. Donne-moi à boire.
La jeune fille est surprise par cette apparition.
Elle se lève pour la recevoir.
La jeune fille
Oui, ma bonne
mère
Elle plonge la cruche dans l’eau, la rince et elle
puise de l'eau au plus bel endroit de la fontaine, et la lui présente,
soutenant toujours la cruche afin que la vieille femme puisse boire plus
aisément.
La vieille femme
(Ayant bu)
Merci ma belle.
La vieille et pauvre femme se transforma en une jeune et jolie fée.
La fée
Vous me paraissez d’une bien belle honnêteté jeune fille et je vous
donne pour don, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche
ou une Fleur, ou une Pierre précieuse.
14. Cuisine de la maisonnette. INT NUIT
La jeune fille arrive au logis visiblement en
retard. Elle entre dans la cuisine. Au même moment la mère entre à son tour.
La mère
Où étais-tu fille de rien. Toujours à rêvasser !
Elle arrache la cruche des mains de la jeune fille.
Apeurée la jeune fille se protège le visage et dit.
La jeune fille
Je vous demande pardon, ma mère d'avoir tardé si longtemps.
En disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux
Roses, deux Perles, et deux gros Diamants.
La mère, surprise, a un mouvement de recul.
Elle se baisse et ramasse les deux perles et les
deux diamants.
La mère
D'où vient cela, ma fille ?
Le grand père (Voix Off)
Ce fut là, la première fois qu'elle l'appela sa fille.
La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé,
non sans jeter une infinité de diamants.
La mère écouta avec attention le récit et tout en
ramassant les précieuses pierres dans son regard naît une idée vile.
15.
Salon. INTERIEUR. JOUR
La petite fille dit à son grand père.
La petite fille
La mère, elle va être plus gentille avec sa petite fille maintenant
qu’elle est riche.
Le grand père
Hum !!!
Le petit garçon
(Impatient)
Alors grand père, la suite.
Le grand père
Eh bien la suite, c’est que le lendemain matin, la mère saisit la
cruche et la tend vers son laideron de fille aînée.
16. Pièce principale de la maisonnette. INTERIEUR
JOUR
La mère
Tenez, Fanchon, vous avez vu ce qui sort de la bouche de votre soeur
quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don ? Vous
n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et quand une pauvre femme vous
demandera à boire, je vous ordonne de lui en donner et bien honnêtement.
Toute ronchonne et affalée sur un divan, elle répond
avec brutalité.
La brutale
Pourquoi mère voulez-vous m’envoyer à la fontaine ?
La mère
Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et sur le champ.
Le grand père (Voix Off)
Elle se lève, toujours en grondant.
Elle attrape la cruche que la mère lui tend et dans un élan de colère,
elle la brise en éclat sur le sol.
Elle ouvre un placard et attrape
le plus beau Flacon d'argent qui fût.
17.
Forêt. EXTERIUR ; AUBE
Le grand père (Voix
Off)
Elle arpente d’un pas pressé un chemin dans la forêt tout en grondant.
18.
Près de la fontaine.
EXTERIUR ; AUBE
Le grand père (Voix Off)
Elle atteint la petite fontaine et à peine a-t-elle plongé le flacon
d’argent dans l’eau.
Une Dame magnifiquement vêtue apparaît.
La brutale ne daigne même lever son regard vers la
nouvelle venue La Fée
J’ai soif. Donne-moi à boire.
La brutale relève enfin son visage. Elle dévisage la
belle dame.
La brutale
Je sais, je suis venue ici exprès
pour vous donner à boire.
Elle lui jette le flacon qui éclabousse la
magnifique robe.
La brutale
Buvez à même si vous voulez.
La Fée attrape délicatement le flacon qui flotte sur
la surface de l’eau et sans se mettre en colère. La fée
Vous n'êtes guère honnête! Puisque vous êtes si peu obligeante, je vous
donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche
ou un serpent ou un crapaud.
19.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Les enfants imitent tout en se roulant par terre
avec des grimaces la malédiction subie par la brutale. La petite fille
Berk ! Des crapauds dans la bouche.
Le petit garçon
(Faisant la grimace)
Bah ! Et des serpents.
Le grand père
(Calmant les deux jeunes
enfants)
Attendez, attendez, écoutez la suite.
(Les enfants se concentrent)
De retour à la maison sa mère vient à sa rencontre.
20.
Devant la maisonnette. EXTERIEUR. JOUR
Surveillant sa fille par la fenêtre, la mère sort de
la maison.
La mère
Hé bien, ma fille !
La brutale
Hé bien, ma mère !
A ces mots, la brutale, jeta deux vipères, et deux
crapauds.
La mère horrifiée s’écria dans un mouvement de
recul.
La mère
Ciel ! Ma fille que t’arrive t-il donc ?
La brutale en pleurs se jette dans les bras de sa
mère pour chercher un réconfort mais celle-ci la repousse d’un geste apeuré et
maladroit.
Repoussant son aînée elle se tourne vers la cadette,
et menaçante, essaie de la saisir. La mère
(À la cadette)
C'est de ta faute et tu me le
payeras.
21.
Forêt. EXTERIEUR ; JOUR
La cadette court dans la forêt. Un cavalier arrive
vers elle et stoppe sa monture, barrant la course de la jeune fille.
Le grand père (Voix Off)
Apeurée, la pauvre enfant
s'enfuit, et va trouver refuge dans la Forêt.
Un fils de Roi qui revenait de la chasse la rencontre, et la voyant si
belle, lui demande ce qu'elle fait là toute seule et ce qu'elle a à pleurer
comme ça ?
Le petit garçon (Voix Off)
Ah non grand père ne nous dit pas qu’ils vont tomber amoureux et qu’il
vont se marier…
La petite fille (Voix Off)
(Poursuit)
… qu’il vont vivre heureux et
longtemps et qu’il vont avoir beaucoup d’enfant !
22.
Salon. INTERIEUR. JOUR
Le grand père refermant son livre.
Le grand père
Non, ça, c’est que dans les contes.
A ce moment là. La porte s’ouvre brusquement. Dans
le chambranle de la porte se poste une femme en tenue de gouvernante, c’est le
même personnage que les enfants ont imaginé dans le rôle de la mère acariâtre
La gouvernante
(D’un ton autoritaire)
Il est l’heure d’aller se coucher !
Aussi raide que puisse l’être un manche à balai,
elle attend la venue des deux enfants sur le seuil.
Avant de quitter le salon les deux enfants lancent à
leur grand père.
Le grand père
Bonne nuit grand père.
Toujours assis le grand père leur murmure.
Le grand père
Bonne nuit.
A ces mots deux fleurs sortent de la bouche du grand
père.
Les deux enfants regardent émerveillés cette magie
inattendue.
Mais le bras de la gouvernante tire la porte qui se
ferme avec brutalité.
FONDU AU NOIR
Le grand père (Voix Off)
L'honnêteté coûte des soins,
Elle veut un peu de complaisance,
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins.
"Ce que nous faisons dans la vie, résonne dans l'éternité"
Mes chers frères,
Cette vérité devrait faire
trembler bien des pécheurs ; car enfin Dieu est bon,
mais aussi qui aime bien châtie
bien. Il ne suffit pas de dire : je me convertirai ;
ce sont des propos en l’air ; autant en
emporte le vent. Un bon tien vaut
mieux que deux tu l’auras ; on
sait bien où l’on est, mais on ne sait pas où
l’on va, et il faut éviter de
troquer son cheval borgne contre un aveugle.
Au surplus, mes chers frères. Il
n’est pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre; et l’on ne peut faire
boire un âne s’il n’a soif ; mais comme un
fou avise bien un sage, je vous
dis votre fait, et ne vais pas chercher midi à
quatorze heures.
Oui, mes frères, vous faites des
châteaux en Espagne ; mais prenez garde, le démon vous guette comme le chat le
fait de la souris ; il fait d’abord patte de velours ; mais quand une fois il
vous tiendra dans ses griffes, alors vous aurez beau vous chatouiller pour vous
faire rire, et faire le bon apôtre, vous en aurez tout du long et tout du
large.
Mais si quelqu’un revenait de l’autre
monde et qu’il en apportât des nouvelles, alors on y regarderait à deux fois ;
quand on sait ce qu’en vaut l’aune, on y met le prix ; mais là-dessus les plus
clairvoyants n’y voient goutte et la nuit tous les chats sont gris.
Prenez garde, disait un grand
homme, n’éveillez pas le chat qui dort. Vous êtes à l’aise comme rats en paille
; vous avez le dos au feu et le ventre à table ; on vous prêche, et vous
n’écoutez pas mais ne dit-on pas :
ventre affamé n’a point d’oreilles ; mais aussi rira bien qui rira le dernier.
Tout passe, tout casse, tout
lasse ; ce qui vient de la flûte retourne au tambour ; et l’on se trouve le cul
entre deux selles ; mais alors il n’est plus temps, il est trop tard de fermer
l’écurie quand les chevaux sont dehors.
Souvenez-vous bien, mes chers
frères, de cette leçon ; faites vie qui dure; il ne s’agit pas de brûler la
chandelle par les deux bouts. Qui trop embrasse mal étreint ; et qui court deux
lièvres à la fois n’en prend point. Mais contre mauvaise fortune il faut faire
bon cœur et battre le fer tandis qu’il est chaud.
Oui, messieurs. Bonne renommée
vaut mieux que ceinture dorée. Les riches payent pour les pauvres, et ils se
servent souvent de la patte du chat pour en tirer les marrons hors du feu ;
mais chacun pour soi, et Dieu pour tous.
Un auteur célèbre a dit :
" Chacun son métier, les
vaches seront bien gardées " ; et comme on fait son lit, on se couche.
Tous les chemins vont à Rome, dit-on, mais il faut les connaître, et ne pas
prendre ceux qui sont pleins de pierres ; il faut aller droit en besogne, et ne
pas mettre la charrue devant les bœufs. Si le démon veut vous dérouter,
laissez-le hurler ; chien qui aboie ne mord pas ; soyez bons chevaux de
trompette, ne vous effarouchez pas du bruit. Les méchants vous riront au nez
mais c’est un rire qui ne passe pas le nœud de la gorge; après la pluie le beau
temps ; et après la peine le plaisir. Moquez-vous du qu’en dira-t-on, et ne
croyez pas que qui se fait brebis, le loup le mange.
Écoutez bien ceci, mes frères, je
vous parle d’abondance de cœur. Quiconque fera du bien trouvera le bien. Les
écrits sont des mâles, et les paroles sont des femelles, dit-on, mais on prend
le boeuf par les cornes, et l’homme par les paroles, et quand les paroles sont
dites, l’eau bénite est faite.
Faites donc de sérieuses
réflexions, mes frères, choisissez d’être à Dieu ou au diable ; il n’y a pas de
milieu ; il faut passer par la porte ou par la fenêtre ; vous n’êtes pas ici
pour enfiler des perles, mais pour faire votre salut ; le démon a beau vous
dorer la pilule, quand le vin est tiré, il faut le boire, et c’est au fond
du pot qu’on trouve le marc.
Au reste, à l’impossible nul
n’est tenu ; je ne peux pas vous sauvez malgré vous. On dit que ce n’est rien
de parler, le tout est d’agir ; et comme charité bien ordonnée commence par
soi-même, je vais tâcher de tirer mon épingle du jeu ; alors, quand je serai
sauvé, advienne que pourra, moi, je m’en lave les mains.
Continuité
Dialoguée
1er Version
Résumé : Cet épisode s’adresse
indirectement à ceux qui ont la prétention ou le désir d’assumer des
responsabilités politiques.
Le décor désiré pour cette histoire pourrait
symboliquement être un lieu comme l’assemblée Nationale.
Le narrateur comédien est sur la tribune, et
s’adresse à l’hémicycle, mais il est vide. Le comédien quitte alors le gradin
et emprunte les couloirs de cette noble maison.
Le comédien terminera son sermon en descendant les
marches extérieures de ce prestigieux lieu de la république.
1. Hémicycle.
Assemblée Nationale. INTERIEUR. JOUR
Dans un profond silence, un homme élégamment vêtu
monte à la tribune de l’assemblée nationale.
Tout en découvrant le lieu d’un regard circulaire,
il sort de la poche intérieure de sa veste une feuille blanche qu’il pose sur
le luxueux pupitre et commence son discours.
L’homme
Mes chers frères.
Cette vérité devrait faire trembler bien des pécheurs ; car enfin ne
dit-on pas que : Dieu est bon et qui aime bien châtie bien, mais il ne
suffit pas de dire : je me convertirai ; ce sont là, des propos en l’air ;
autant en emporte le vent.
Un bon tien vaut mieux que deux tu l’auras.
Le point de vue s’éloigne et s’élève et on découvre
que l’hémicycle est vide .
L’homme
Au surplus, mes chers frères. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut
pas
entendre; et l’on ne peut faire boire un âne s’il n’a soif ; mais comme
un
fou avise bien un sage, je vous dis votre fait, et ne vais pas chercher
midi à
quatorze heures.
Oui, mes frères, vous faites des châteaux en Espagne ; mais prenez
garde, le démon vous guette comme le chat le fait de la souris ; il fait
d’abord patte de velours ; mais quand une fois il vous tiendra dans ses
griffes, alors vous aurez beau vous chatouiller pour vous faire rire, et faire
le bon apôtre, vous en aurez tout du long et tout du large.
L’homme fait une brève pose silencieuse. Puis il
reprend son sermon
L’homme
Mais si quelqu’un revenait de l’autre monde et qu’il en apportât des
nouvelles, alors on y regarderait à deux fois ; quand on sait ce qu’en vaut
l’aune, on y met le prix ; mais là-dessus les plus clairvoyants n’y voient
goutte et la nuit tous les chats sont gris.
Il quitte le gradin.
L’homme
Prenez garde, disait un grand homme, n’éveillez pas le chat qui dort.
Vous êtes à l’aise comme rats en paille ; vous avez le dos au feu et le ventre
à table ; on vous prêche, et vous n’écoutez pas
mais ne dit-on pas : ventre affamé n’a point d’oreilles ; mais
aussi rira bien qui rira le dernier.
Il quitte l’hémicycle.
Couloir. Assemblée Nationale. INTERIEUR. JOUR
L’homme tout en continuant son sermon emprunte les magnifiques couloirs, également vide de
toute présence.
L’homme
Souvenez-vous bien, mes chers frères, de cette leçon ; faites vie qui
dure; il ne s’agit pas de brûler la chandelle par les deux bouts. Qui trop
embrasse mal étreint ;
Oui, messieurs. Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Les
riches payent pour les pauvres, et ils se servent souvent de la patte du chat
pour en tirer les marrons hors du feu ; mais chacun pour soi, et Dieu pour
tous.
Un auteur célèbre a dit :
" Chacun son métier, les vaches seront bien gardées " ; et
comme on fait son lit, on se couche. Tous les chemins vont à Rome, dit-on, mais
il faut les connaître, et ne pas prendre ceux qui sont pleins de pierres ; il
faut aller droit en besogne, et ne pas mettre la charrue devant les bœufs. Si
le démon veut vous dérouter, laissez-le hurler ; chien qui aboie ne mord pas. Les méchants vous riront au nez mais c’est un rire qui ne
passe pas le nœud de la gorge; après la pluie le beau temps ; et après la peine
le plaisir. Moquez-vous du qu’en dira-t-on, et ne croyez pas que qui se fait
brebis, le loup le mange.
Écoutez bien ceci, mes frères, je vous parle d’abondance de cœur.
Quiconque fera du bien trouvera le bien. Les écrits sont des mâles, et les
paroles sont des femelles, dit-on, mais on prend le boeuf par les cornes, et
l’homme par les paroles, et quand les paroles sont dites, l’eau bénite est
faite.
L’homme se dirige vers une porte qui donne vers
l’extérieur.
Marches extérieures. Assemblée Nationale.
EXTERIEUR. JOUR
L’homme est à présent à l’extérieur de l’édifice et
continue son propos. Le point de vue s’immobilise et le comédien descend les
marches et s’éloigne vers le trafic urbain en arrière plan.
L’homme
Faites donc de sérieuses réflexions, mes frères; vous n’êtes pas ici
pour enfiler des perles, mais pour faire votre salut ; le démon a beau vous
dorer la pilule, quand le vin est tiré, il faut le boire, et c’est au fond
du pot qu’on trouve le marc.
Au reste, à l’impossible nul n’est tenu ; je ne peux pas vous sauvez
malgré vous. On dit que ce n’est rien de parler, le tout est d’agir ; et comme
charité bien ordonnée commence par soi-même, je vais tâcher de tirer mon
épingle du jeu ; alors, quand je serai sauvé, advienne que pourra, moi, je m’en
lave les mains.
FIN
Arthur Rimbaud
"Des cieux immenses et cruels s'incurvent au-dessus de
nous et, toujours poussés en avant, nous n'avons pas de foyer. Un regard, un
sourire éclos sur les lèvres et disparu, un mot, une pierre, une feuille, une
porte qu'on n'a jamais trouvée et jamais oubliée. Nous avons connu toutes ces
mille lumières et nous errons sur les
chemins de la vie, seuls."
Thomas Wolfe
1900-1938
8 / Arthur RIMBAUD Ma Bohème (Poésie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot
aussi devenait idéal ;
J'allais sous
le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là
là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique
culotte avait un large trou.
- Petit
Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes.
Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles
au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les
écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons
soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à
mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au
milieu des ombres fantastiques,
Comme des
lyres, je tirais les élastiques
De mes
souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Continuité
Dialoguée
1er Version
Chambre de Marie. INTERIEUR. JOUR
Sur
l’électrophone, le disque tourne à vide.
Marie
s'extrait péniblement du divan, arrête l’électrophone un peu approximativement,
puis se dirige vers la fenêtre.
Dehors
la Lune est pleine, entourée d’un halo
argenté.
Marie
s’abandonne au ciel de nuit.
Des
voix la tirent de sa songerie.
Les
bruits d'une activité mécanique pénètrent dans le petit appartement.
Dehors,
un groupe de jeunes s’affaire autour d’une voiture, vestige des années 70 (une
DS familiale).
Les
lumières de la ville s’étendent en contrebas de la terrasse sur laquelle ils
sont installés.
Arthur
marche en équilibriste sur la margelle du mur qui surplombe la ville.
Perdue
dans ses pensées, Marie regarde le groupe.
Terrasse dominant la ville. EXTERIEUR. NUIT
Le
petit groupe, composé de SIX ADOLESCENTS.
La
musique, les lampes et les vêtements des adolescents font un tableau coloré et
anarchique.
L’un
d’eux, le plus âgé, découpe la tôle de la voiture au chalumeau.
Un
autre a le nez sous le capot, tandis qu’un quatrième monte un pare-chocs
renforcé.
La
nuit est froide.
Arthur
(Toujours sur le muret)
Tu as pu
récupérer le système de refroidissement?
Le jeune au
chalumeau
Non, il faudra
faire le tour des casses. Passe-moi un marteau
dans la caisse.
Emmitouflée
dans son manteau, Marie rejoint le groupe.
Arthur
la regarde, désinvolte et légèrement narquois, tout en continuant sa marche
d’équilibriste.
Marie
(Se
contenant)
Arthur, tu
n’en as pas marre de traîner ?
Arthur
met ses mains dans ses poches.
Arthur
J’adore traîner
!
Je m’en
allais, les poings dans mes poches crevées, mon paletot aussi devenait
idéal ;
(écartant les bras et levant sa tête vers le ciel, de manière théâtrale) j’allais
sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal …
(La tête toujours levée, il regarde du coin de l’œil
Marie)
Tu viens avec
nous ?
Marie
(Le suivant du regard)
Pour aller
où ?
Arthur
L’éternelle
question.
Je regrette
l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des
archipels sidéraux ! Et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles…
Pendant
que Arthur clame ses vers, Marie prend UN JEUNE ENFANT (environ 4 ans).
endormi
à l’arrière du véhicule, elle l’emmitoufle dans son manteau. Le petit enfant
semble apprécier cette chaleur maternelle, il ferme les yeux.
Marie
(Au groupe)
Vous n’allez pas
consacrer un peu de votre temps à vos parents ? Cela leur ferait du bien.
Arthur
Nos parents
dorment… Laissons-les dormir !
FIN.
Jean-Pierre Claris de Florian
"Je me sers d'animaux pour instruire les hommes."
A Monseigneur
le Dauphin.
Jean de la Fontaine
1621-1695.
7 / FLORIAN
La
FABLE ET LA VERITE (Fable)
La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
La pauvre vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
A ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gêle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n'obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n'est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu'un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma soeur, que partout
Nous passerons de compagnie.
Continuité
Dialoguée
1er Version
1.
Fond noir.
Une voix off masculine.
Le narrateur
La vérité,
toute nue,
Sortit un jour de son puits.
2.
Rue marchande. EXTERIEUR.
CREPUSCULE
Le corps d’une femme vient violemment heurter le sol
et s’écrase au beau milieu d’une foule qui s’adonne aux joies du shopping.
Surpris par cet accident, les gens s’écartent et
regardent médusés cette silhouette recroquevillée et enveloppée d’une cape
loqueteuse.
Les témoins en état de choc forme un cercle
silencieux autour du corps immobile et se rapproche lentement.
A la stupéfaction générale, le corps frémit et le
cercle des badauds s’élargit.
La silhouette prend appuie sur ses mains se lève
avec difficulté.
Une exclamation parcours les témoins de cette scène.
Chancelante dans sa cape loqueteuse avec ses longs
cheveux noirs qui cachent son visage, La Vérité relève doucement sa tête et à
travers sa chevelure d’ébène, un œil bleu perçant regarde apeuré ces chalands
emmitouflés dans leurs manteaux avec leurs sacs et leurs cadeaux.
Le narrateur
Ses attraits
par le temps étaient un peu détruits ;
La
Vérité tend son bras vers la foule qui recule un peu plus.
En
arrière-plan une luxueuse voiture blanche vient stationner.
3.
Habitacle de la limousine.
INTERIEUR. CREPUSCULE
On
découvre à travers la vitre teintée la scène, on devine aussi le reflet raffiné
de l’intérieur de la limousine ainsi que le regard bien dessiné de sa
passagère.
Le
doigt d’une main gantée élégamment actionne la descente de la vitre.
Le
décor intérieur du véhicule s’efface et laisse place à la cohue.
Au
centre La vérité tente de rassurer la foule.
La Vérité
N’ayez pas peur,
je suis votre amie
Une
femme tire son enfant et le protège en le jetant en arrière.
Le narrateur
Jeune et vieux
fuyaient à sa vue.
D’autres
détournent leurs regards.
D’autres
s’éloignent.
La
portière de la limousine s’ouvre et laisse apparaître une jolie jambe de femme
élégamment chaussée.
Dans
la foule, La vérité ne trouvant aucun écho, épuisée, elle va s’asseoir et
s’adosse au mur gris.
Le narrateur
La pauvre vérité restait là
morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
Elle baisse la tête et se met à pleurer.
Le
cercle se reforme et la riche passagère se fraie un chemin parmi la foule
agglutiner jusqu’à la malheureuse.
Le narrateur
A ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
La
Fable une belle blonde bien mise entre dans le cercle et s’arrête en son
milieu.
Elle
porte ses mains à ses hanches et dévisage la pauvre vérité on ressent chez elle
une certaine impatience.
La Fable
Eh ! Vous voilà !
La
vérité relève doucement sa tête, mais ne répond pas.
La Fable
Bon jour.
La
Vérité ne répond pas.
La Fable
Que faites-vous ici seule
sur un chemin ?
La
foule à présent plus curieuse qu’effrayée assiste à cette curieuse rencontre.
La
Vérité dégage ses cheveux d’un geste de la main et son visage apparait.
La Vérité
Vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en
vain
De me donner une retraite,
Elle
porte un regard incrédule vers la foule.
La Vérité (Off)
Je leur fais peur à tous :
hélas ! Je le vois bien,
La
fable dévisage également ces anonymes
La Vérité (Off)
Vieille femme n'obtient plus
rien.
La
Fable surprise se tourne vers La Vérité.
La Fable
Vous êtes pourtant ma
cadette,
et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
La Vérité toujours adossé au mur, écoute dubitative.
La Fable (Off)
Pourquoi vous montrer toute
nue ?
Cela n'est pas adroit : tenez,
La
Fable tend sa main et aide La Vérité à se relever.
La Fable
Arrangeons-nous ;
Qu'un même intérêt nous rassemble :
Les
deux femmes se font face.
La Fable
Venez sous mon manteau, nous
marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Le
point s’élève découvrant les deux femmes au milieu d’une foule formant un
cercle.
La Fable
Servant, par ce moyen,
chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma soeur, que partout
Nous passerons de compagnie.
Pour ceux qui le souhaite, je vous invite à vous faire parvenir le story-board (pour les néophytes cela ressemble à une bande dessinée technique spécifique au cinéma) sous pdf, car je n'arrive malheureusement pas à l'insérer dans le blog. Alors contactez-moi et je me ferai un devoir de vous le transmettre.
L'ami qui souffre seul fait une injure à
l'autre.
Jean de Rotrou
1609-1650
6/ Jean de LA FONTAINE Les
Deux Amis (Fable)
Deux vrais
Amis vivaient au Monomotapa :
L’un ne
possédait rien qui n’appartint à l’autre.
Les amis de
ce pays là
Valent bien,
dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que
chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à
profit l’absence du soleil,
Un de nos
deux Amis sort du lit en alarme ;
Il court chez
son intime, éveille les valets :
Morphée avait
touché le seuil de ce palais.
L’Ami couché
s’étonne ; il prend sa bourse, il s’arme,
Vient trouver
l’autre, et dit : « Il vous arrive peu
De courir
quand on dort ; vous me paraissiez homme
A mieux user
du temps destiné pour le somme :
N’auriez-vous
point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici.
S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon
épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher
toujours seul ? Une esclave assez belle
Etait à mes
côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?
- Non, dit
l’Ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point,
Je vous rends
grâce de ce zèle.
Vous m’êtes,
en dormant, un peu triste apparu ;
J’ai craint
qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit
songe en est la cause. »
Qui d’eux
aimait le mieux ? Que t’en semble lecteur ?
Cette
difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami
véritable est une douce chose !
Il cherche
vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous
épargne la pudeur
De les lui
découvrir vous même ;
Un songe, un
rien, tout lui fait peur,
Quand il
s’agit de ce qu’il aime.
Note:
Le comédien sélectionné
incarnera les trois personnages présents dans ce film. Le montage verra défiler
une succession de champ contre-champ sans amorce. Seul le dernier plan
permettra aux trois interprétations « l’Ami
inquiet, le Narrateur et l’Ami réveillé» de partager le même espace.
Le traitement des Deux
Amis est proposé sous la forme d'un story-board réalisé par Stéphane
Seguin. 1er version