Arthur Rimbaud
"Des cieux immenses et cruels s'incurvent au-dessus de
nous et, toujours poussés en avant, nous n'avons pas de foyer. Un regard, un
sourire éclos sur les lèvres et disparu, un mot, une pierre, une feuille, une
porte qu'on n'a jamais trouvée et jamais oubliée. Nous avons connu toutes ces
mille lumières et nous errons sur les
chemins de la vie, seuls."
Thomas Wolfe
1900-1938
8 / Arthur RIMBAUD Ma Bohème (Poésie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot
aussi devenait idéal ;
J'allais sous
le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là
là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique
culotte avait un large trou.
- Petit
Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes.
Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles
au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les
écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons
soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à
mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au
milieu des ombres fantastiques,
Comme des
lyres, je tirais les élastiques
De mes
souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Continuité
Dialoguée
1er Version
Chambre de Marie. INTERIEUR. JOUR
Sur
l’électrophone, le disque tourne à vide.
Marie
s'extrait péniblement du divan, arrête l’électrophone un peu approximativement,
puis se dirige vers la fenêtre.
Dehors
la Lune est pleine, entourée d’un halo
argenté.
Marie
s’abandonne au ciel de nuit.
Des
voix la tirent de sa songerie.
Les
bruits d'une activité mécanique pénètrent dans le petit appartement.
Dehors,
un groupe de jeunes s’affaire autour d’une voiture, vestige des années 70 (une
DS familiale).
Les
lumières de la ville s’étendent en contrebas de la terrasse sur laquelle ils
sont installés.
Arthur
marche en équilibriste sur la margelle du mur qui surplombe la ville.
Perdue
dans ses pensées, Marie regarde le groupe.
Terrasse dominant la ville. EXTERIEUR. NUIT
Le
petit groupe, composé de SIX ADOLESCENTS.
La
musique, les lampes et les vêtements des adolescents font un tableau coloré et
anarchique.
L’un
d’eux, le plus âgé, découpe la tôle de la voiture au chalumeau.
Un
autre a le nez sous le capot, tandis qu’un quatrième monte un pare-chocs
renforcé.
La
nuit est froide.
Arthur
(Toujours sur le muret)
Tu as pu
récupérer le système de refroidissement?
Le jeune au
chalumeau
Non, il faudra
faire le tour des casses. Passe-moi un marteau
dans la caisse.
Emmitouflée
dans son manteau, Marie rejoint le groupe.
Arthur
la regarde, désinvolte et légèrement narquois, tout en continuant sa marche
d’équilibriste.
Marie
(Se
contenant)
Arthur, tu
n’en as pas marre de traîner ?
Arthur
met ses mains dans ses poches.
Arthur
J’adore traîner
!
Je m’en
allais, les poings dans mes poches crevées, mon paletot aussi devenait
idéal ;
(écartant les bras et levant sa tête vers le ciel, de manière théâtrale) j’allais
sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal …
(La tête toujours levée, il regarde du coin de l’œil
Marie)
Tu viens avec
nous ?
Marie
(Le suivant du regard)
Pour aller
où ?
Arthur
L’éternelle
question.
Je regrette
l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des
archipels sidéraux ! Et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles…
Pendant
que Arthur clame ses vers, Marie prend UN JEUNE ENFANT (environ 4 ans).
endormi
à l’arrière du véhicule, elle l’emmitoufle dans son manteau. Le petit enfant
semble apprécier cette chaleur maternelle, il ferme les yeux.
Marie
(Au groupe)
Vous n’allez pas
consacrer un peu de votre temps à vos parents ? Cela leur ferait du bien.
Arthur
Nos parents
dorment… Laissons-les dormir !
FIN.
Jean-Pierre Claris de Florian
"Je me sers d'animaux pour instruire les hommes."
A Monseigneur
le Dauphin.
Jean de la Fontaine
1621-1695.
7 / FLORIAN
La
FABLE ET LA VERITE (Fable)
La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
La pauvre vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
A ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gêle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n'obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n'est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu'un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma soeur, que partout
Nous passerons de compagnie.
Continuité
Dialoguée
1er Version
1.
Fond noir.
Une voix off masculine.
Le narrateur
La vérité,
toute nue,
Sortit un jour de son puits.
2.
Rue marchande. EXTERIEUR.
CREPUSCULE
Le corps d'une femme vient violemment heurter le sol
et s'écrase au beau milieu d'une foule qui s'adonne aux joies du shopping.
Surpris par cet accident, les gens s'écartent et
regardent médusés cette silhouette recroquevillée et enveloppée d'une cape
loqueteuse.
Les témoins en état de choc forme un cercle
silencieux autour du corps immobile et se rapproche lentement.
A la stupéfaction générale, le corps frémit et le
cercle des badauds s'élargit.
La silhouette prend appuie sur ses mains se lève
avec difficulté.
Une exclamation parcours les témoins de cette scène.
Chancelante dans sa cape loqueteuse avec ses longs
cheveux noirs qui cachent son visage, La Vérité relève doucement sa tête et à
travers sa chevelure d'ébène, un œil bleu perçant regarde apeuré ces chalands
emmitouflés dans leurs manteaux avec leurs sacs et leurs cadeaux.
Le narrateur
Ses attraits
par le temps étaient un peu détruits ;
La
Vérité tend son bras vers la foule qui recule un peu plus.
En
arrière-plan une luxueuse voiture blanche vient stationner.
3.
Habitacle de la limousine.
INTERIEUR. CREPUSCULE
On
découvre à travers la vitre teintée la scène, on devine aussi le reflet raffiné
de l'intérieur de la limousine ainsi que le regard bien dessiné de sa
passagère.
Le
doigt d'une main gantée élégamment actionne la descente de la vitre.
Le
décor intérieur du véhicule s'efface et laisse place à la cohue.
Au
centre La vérité tente de rassurer la foule.
La Vérité
N'ayez pas peur,
je suis votre amie
Une
femme tire son enfant et le protège en le jetant en arrière.
Le narrateur
Jeune et vieux
fuyaient à sa vue.
D'autres
détournent leurs regards.
D'autres
s'éloignent.
La
portière de la limousine s'ouvre et laisse apparaître une jolie jambe de femme
élégamment chaussée.
Dans
la foule, La vérité ne trouvant aucun écho, épuisée, elle va s'asseoir et
s'adosse au mur gris.
Le narrateur
La pauvre vérité restait là
morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
Elle baisse la tête et se met à pleurer.
Le
cercle se reforme et la riche passagère se fraie un chemin parmi la foule
agglutiner jusqu'à la malheureuse.
Le narrateur
A ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
La
Fable une belle blonde bien mise entre dans le cercle et s'arrête en son
milieu.
Elle
porte ses mains à ses hanches et dévisage la pauvre vérité on ressent chez elle
une certaine impatience.
La Fable
Eh ! Vous voilà !
La
vérité relève doucement sa tête, mais ne répond pas.
La Fable
Bon jour.
La
Vérité ne répond pas.
La Fable
Que faites-vous ici seule
sur un chemin ?
La
foule à présent plus curieuse qu'effrayée assiste à cette curieuse rencontre.
La
Vérité dégage ses cheveux d'un geste de la main et son visage apparait.
La Vérité
Vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en
vain
De me donner une retraite,
Elle
porte un regard incrédule vers la foule.
La Vérité (Off)
Je leur fais peur à tous :
hélas ! Je le vois bien,
La
fable dévisage également ces anonymes
La Vérité (Off)
Vieille femme n'obtient plus
rien.
La
Fable surprise se tourne vers La Vérité.
La Fable
Vous êtes pourtant ma
cadette,
et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
La Vérité toujours adossé au mur, écoute dubitative.
La Fable (Off)
Pourquoi vous montrer toute
nue ?
Cela n'est pas adroit : tenez,
La
Fable tend sa main et aide La Vérité à se relever.
La Fable
Arrangeons-nous ;
Qu'un même intérêt nous rassemble :
Les
deux femmes se font face.
La Fable
Venez sous mon manteau, nous
marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Le
point s'élève découvrant les deux femmes au milieu d'une foule formant un
cercle.
La Fable
Servant, par ce moyen,
chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma soeur, que partout
Nous passerons de compagnie.
Pour ceux qui le souhaite, je vous invite à vous faire parvenir le story-board (pour les néophytes cela ressemble à une bande dessinée technique spécifique au cinéma) sous pdf, car je n'arrive malheureusement pas à l'insérer dans le blog. Alors contactez-moi et je me ferai un devoir de vous le transmettre.
L'ami qui souffre seul fait une injure à
l'autre.
Jean de Rotrou
1609-1650
6/ Jean de LA FONTAINE Les
Deux Amis (Fable)
Deux vrais
Amis vivaient au Monomotapa :
L’un ne
possédait rien qui n’appartint à l’autre.
Les amis de
ce pays là
Valent bien,
dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que
chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à
profit l’absence du soleil,
Un de nos
deux Amis sort du lit en alarme ;
Il court chez
son intime, éveille les valets :
Morphée avait
touché le seuil de ce palais.
L’Ami couché
s’étonne ; il prend sa bourse, il s’arme,
Vient trouver
l’autre, et dit : « Il vous arrive peu
De courir
quand on dort ; vous me paraissiez homme
A mieux user
du temps destiné pour le somme :
N’auriez-vous
point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici.
S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon
épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher
toujours seul ? Une esclave assez belle
Etait à mes
côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?
- Non, dit
l’Ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point,
Je vous rends
grâce de ce zèle.
Vous m’êtes,
en dormant, un peu triste apparu ;
J’ai craint
qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit
songe en est la cause. »
Qui d’eux
aimait le mieux ? Que t’en semble lecteur ?
Cette
difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami
véritable est une douce chose !
Il cherche
vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous
épargne la pudeur
De les lui
découvrir vous même ;
Un songe, un
rien, tout lui fait peur,
Quand il
s’agit de ce qu’il aime.
Note:
Le comédien sélectionné
incarnera les trois personnages présents dans ce film. Le montage verra défiler
une succession de champ contre-champ sans amorce. Seul le dernier plan
permettra aux trois interprétations « l’Ami
inquiet, le Narrateur et l’Ami réveillé» de partager le même espace.
Le traitement des Deux
Amis est proposé sous la forme d'un story-board réalisé par Stéphane
Seguin. 1er version
Continuité
Dialoguée
1er Version
1.
Petit pont de bois.
EXTERIEUR. AUBE
Dans la brume matinale, un petit pont enjambant une
rivière apparait petit à petit.
De cet épais brouillard, la silhouette d’un homme se
dessine et vient vers nous. On dirait un grand voyageur portant cape et habits
usés tout droit sorti du 19ème siècle.
Il traverse cette passerelle et s’immobilise.
La brume se lève, et, comme par enchantement, les
traits de son visage se rafraichissent et ses habits se métamorphosent en un
costume contemporain élégant.
Il baisse son regard et constate l’apparition un peu
floue de deux choses dans ses mains : dans sa main droite, il tient un
bouquet. Dans sa main gauche, une paire de Lunette.
Il lève la tête et regarde autour de lui. Une plaine
verdoyante, aux contours indistincts, se dessine.
Son attention revient vers sa main gauche. Il porte
la paire de Lunette jusqu’à ses yeux et constate qu’à travers les verres le
paysage lui parait beaucoup plus clair et défini.
Il lève la tête et regarde l’azur.
2. Ciel bleu. EXTERIEUR. JOUR
Un ciel bleu avec de
délicats nuages qui moutonnent.
L’attention de l’homme
est attirée par une petite étiquette accrochée à un élastique au coin haut de
l’écran.
Il tend sa main et
l’arrache.
Sur le papier qui
ressemble à un billet de monopoly une somme est inscrite : 2000
Surpris et ne
comprenant pas trop la signification de cette chose, il la glisse dans la
pochette de son veston et quitte le cadre.
3. Plaine verdoyante. EXTERIEUR. JOUR
Une campagne aux couleurs tendues et ordonnées
s’étend à perte de vue. L’homme entre dans ce tableau presque irréel et emprunte une allée dont les méandres
mènent à une charmante petite ferme dessinée au loin.
Voix Off (l’homme)
Se découpant sur champ d’azur
La ferme était fausse bien sûr
Et le chaume servant de toit
Synthétique, comme il se doit.
4. Enclos de la ferme. EXTERIEUR JOUR
L’homme pousse la
petite barrière colorée qui fait office de portail et entre dans la cour aux
couleurs aussi gourmandes que peuvent l’être les friandises avec toujours son
bouquet la main.
Voix Off (l’homme)
Au bout d’une allée de faux buis,
Une autre étiquette
portant un prix : 500 est accrochée au buis, l’homme l’arrache la regarde
et la glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
On aperçoit un faux puits
Un autre
billet sur le puits : 1000, même action qui finit dans le veston.
Voix Off (l’homme)
Du fond duquel la vérité
N’avait jamais dû remonter.
L’homme se penche dans
le trou du puit et lance
L’homme
Eh oh !
Et l’écho lui répondit
Le puits
Oh eh !
L’homme se redresse
surpris de la réponse à l’envers.
La porte de la maison
s’ouvre.
Une très jolie femme
bien mise et avenante vient vers lui, en empruntant d’un pas délicat les
quelques marches qui séparent le perron du parvis fleuri.
L’homme regarde
approcher cette femme.
Voix Off (l’homme)
Et la maitresse de céans
Dans un habit, ma foi, seyant
De fermière de comédie
A ma rencontre descendit
Elle se dresse devant
lui, un sourire dessine sur sa joue colorée une fossette et ses grands cils
peints de couleurs pastel battent l’air.
L’homme lui tend avec
un geste mécanique son bouquet.
Voix Off (l’homme)
Et mon petit bouquet, soudain,
Parut terne dans ce jardin
Près des massifs de fausses fleurs
Offrant les plus vives couleurs.
La femme invite
l’homme à la suivre à l’intérieur.
Voix
Off (l’homme)
Ayant foulé le faux gazon,
Le regard de l’homme
est attiré vers la taille de la femme qui se déhanche.
Un billet dépasse de
son tailleur.
Voix Off (l’homme)
Je la suivis dans la maison
L’homme d’un geste
discret approche sa main de la belle croupe et arrache le petit billet
La femme surprise se
retourne et lui adresse un petit sourire coquin.
Sur le billet :
5000.
5. Salon. INTERIEUR. JOUR
L’homme glisse le
billet dans la pochette de son veston et se retrouvant seul dans le salon, il
déambule dans cette drôle de petite maison où tous les éléments, qui la
composent portent systématiquement un billet qui lui donne une valeur
marchande.
Voix Off (l’homme)
Où brille sans se consumer
Un genre de feux sans fumée.
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
Face au faux buffet Henri Deux,
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
Alignée sur les rayons de
La bibliothèque en faux bois,
Faux bouquins achetés au poids
Faux Aubusson,
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
Fausses armures,
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
Faux tableaux de maîtres au mur,
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
Voix Off (l’homme)
Fausses perles et faux bijoux.
Il arrache le billet
portant la somme de : 1000 et le glisse dans la pochette de son veston.
La femme revient dans
le salon. Elle porte un plateau où est servi une collation. Elle se dirige vers
la table de salon, rejoint par l’homme et tous deux prennent place. L’homme
dévisage la femme.
Voix Off (l’homme)
Faux grains de beauté sur la joue,
De ses mains
délicates. Elle sert un cocktail à
l’homme.
Voix Off (l’homme)
Faux ongles au bout des menottes,
Piano jouant des fausses notes
Avec des touches ne devant
Pas leur ivoire aux éléphants.
Une ambiance intimiste
s’installe entre les deux personnages et le regard de l’homme se perd sur ce
corps voluptueux assis en face de lui qui porte son verre à ses lèvres.
Voix Off (l’homme)
Au lueur des fausses chandelles
Enlevant ses fausses dentelles,
Elle a dit, mais ce n’était pas
Sûr,
La femme lui dit d’une
voix sensuelle.
La femme
Tu es mon premier faux pas.
L’homme arbore un
sourire nié.
Voix Off (L’homme)
Fausse vierge, fausse pudeur,
Fausse fièvre, simulatrice,
L’homme se lève et se
dirige vers la porte peut-être un peu déçu par tant de complaisance.
Voix Off (L’homme)
Les anges artificiels
Venus d’un faux septième ciel.
La femme le rejoint
sur le seuil et se poste devant l’homme. Il regarde ce beau visage et du bout
des doigts il lui caresse la joue et le cou.
L’homme
La seule chose un peu sincère
Dans cette histoire de faussaire
Et contre laquelle il ne faut
Peut-être pas s’inscrire en faux,
6. Enclos de la ferme. EXTERIEUR JOUR
L’homme sort de la
maison suivit par la femme. Il descend les quelques marches.
Près du puits, il
s’arrête et sort de la pochette de son veston, tous les billets qu’il y a
enfouis. Il les jette dans le trou.
Voix Off (L’homme)
C’est mon penchant pour elle et mon
Gros point du côté du poumon
Quand amoureux elle tombe
D’un vrai Marquis de carabas
7. Plaine verdoyante. EXTERIEUR. JOUR
L’homme emprunte le
petit sentier et s’éloigne de la ferme et de la femme toujours sur le perron.
A l’approche du petit
pont, son élégant costume s’efface et sa tenue de voyageur réapparaît.
Voix Off (L’homme)
En l’occurrence Cupidon
Se conduisit en faux jeton,
En véritable faux témoin
Et Vénus aussi, néanmoins
Ce serait sans doute menti
Par omission de ne pas dire
L’homme
Que je leur dois quand même une heure
Authentique de vrai bonheur.
8.
Petit pont de bois.
EXTERIEUR. AUBE
L’homme traverse le pont et on découvre l’autre
rivage.
L’homme pénètre
un monde différent, délimité par les méandres de la rivière.
Un monde aride et ténébreux avec au loin sur les
reliefs des volcans rougeoyants
FONDU AU NOIR
Georges Brassens
Les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est
frappée d'abord par de grands coupables et dépensée ensuite par d'honnêtes gens
qui perpétuent le crime sans savoir ce qu'ils font.
Joseph de Maistre
1753-1821
5 / Georges BRASSENS Histoire de faussaire (Poésie)
Se
découpant sur champ d’azur
La
ferme était fausse bien sûr
Et
le chaume servant de toit
Synthétique,
comme il se doit.
Au
bout d’une allée de faux buis,
On
aperçoit un faux puits
Du
fond duquel la vérité
N’avait
jamais dû remonter.
Et
la maîtresse de céans
Dans
un habit, ma foi, seyant
De
fermière de comédie
A
ma rencontre descendit
Et
mon petit bouquet, soudain,
Parut
terne dans ce jardin
Près
des massifs de fausses fleurs
Offrant
les plus vives couleurs.
Ayant
foulé le faux gazon,
Je
la suivis dans la maison
Où
briller sans se consumer
Un
genre de feux sans fumée.
Face
au faux buffet Henri Deux,
Alignée
sur les rayons de
La
bibliothèque en faux bois,
Faux
bouquins achetés au poids
Faux
Aubusson, fausses armures,
Faux
tableaux de maîtres au mur,
Fausses
perles et faux bijoux.
Faux
grains de beauté sur la joue,
Faux
ongles au bout des menottes,
Piano
jouant des fausses notes
Avec
des touches ne devant
Pas
leur ivoire aux éléphants.
Au
lueur des fausses chandelles
Enlevant
ses fausses dentelles,
Elle
a dit, mais ce n’était pas
Sûr,
tu es mon premier faux pas.
Fausse
vierge, fausse pudeur,
Fausse
fièvre, simulateur,
Les
anges artificiels
Venus
d’un faux septième ciel.
La
seule chose un peu sincère
Dans
cette histoire de faussaire
Et
contre laquelle il ne faut
Peut-être
pas s’inscrire en faux,
C’est
mon penchant pour elle et mon
Gros
point du côté du poumon
Quand
amoureux elle tombe
D’un
vrai Marquis de carabas
En
l’occurrence Cupidon
Se
conduisit en faux jetons,
En
véritable faux témoins
Et
Vénus aussi, néanmoins
Ce
serait sans doute menti
Par
omission de ne pas dire
Que
je leur dois quand même une heure
Authentique
de vrai bonheur.
Continuité
Dialoguée
1er Version
1. Ciel tumultueux. EXTERIEUR. NUIT
De lourds nuages emplissent un ciel obscur.
Au loin, le tonnerre gronde.
Le fracas d’un éclair divise le ciel qui s’ouvre
par son milieu
(C e
n’était que le reflet des cieux sur une porte automatique vitrée.)
La porte coulissante nous fait découvrir
l'intérieur d'un hall d'immeuble – Lumineux – Epuré.
En lettres de platine, une imposante raison
sociale portant le nom de : TITANS, soutient un balcon fréquenté par le va
et vient des employés.
Un JEUNE HOMME quitte le hall, les deux battants
se referment derrière lui, faisant réapparaître le tumulte des cieux.
Il s'immobilise et constate cette menace
météorologique.
L'homme (Off)
Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi
Remonte le col de son veston
L'homme (Off)
Je ne sais rien de la reine
Et je ne sais rien du roi.
Il descend les marches et quitte le cadre.
2. Trottoir. EXTERIEUR. NUIT
De grosses gouttes de pluie viennent une à une
s’écraser lourdement sur l’asphalte chaud.
L'homme (Off)
J'ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Les pas du jeune homme entre dans le cadre et
marche d'un pas pressé pour échapper à l’averse.
L'homme (Off)
Si le curé dit la messe
En Grec ou en Latin,
Les pas de l’homme quitte le cadre et une pluie
drue inonde le trottoir.
Les pas d'un vieil homme aidé par une canne
entre dans le cadre.
L'homme (Off)
S'il faut qu'on pleure ou qu'on danse,
Si les nids jasent entre eux;
Le jeune homme, trempé, trouve refuge sous un
abri bus
L'homme (Off)
Mais sais-tu ce que je pense?
C'est que je suis amoureux.
3. Abribus. Carrefour. EXTERIEUR. NUIT
Le vieil
homme arrive à son tour sous l'abribus.
Il salue d’un geste de la tête son prédécesseur
et va s’asseoir sur le petit banc, à l’abri de la pluie.
Il regarde tomber la pluie.
L'homme, lui, est debout, le dos tourné au vieil
homme, la pluie cingle son visage mais cela ne semble pas le gêner, son esprit
est ailleurs.
Le fracas d’un éclair le fait sursauter et au
même moment le vieil homme s’adresse à lui.
Le vieil homme
Asseyez-vous !
Le jeune homme se retourne vers le vieil homme.
Les deux mains posées sur le pommeau bleu de sa canne. Il réitère son
invitation.
Le vieil homme
Asseyez-vous!
Le jeune homme prend place sur le petit banc.
Les deux hommes échangent un sourire de
politesse puis ils regardent la pluie qui se déverse en torrent sur une
circulation automobile dense.
L'homme (Off)
Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C’est au mouvement d’oiseau
De ton pied blanc qui se lève
De la lueur des feux de croisement des véhicules
et de la pluie battante, l’homme voit apparaître un ruban de soie blanc
accroché aux cieux. Glissant sur ce cordon céleste, la silhouette d’une jeune
danseuse apparaît au milieu du carrefour et évolue dans une danse verticale,
mêlant grâce et fluidité au milieu d’un chaos climatique et mécanique.
L'homme (Off)
Quand tu passes le ruisseau.
Surpris par cette apparition le jeune homme se
laisse entraîner dans cette douce rêverie.
Le corps svelte de jeune danseuse en jupe évolue
et se joue des éléments.
Brusquement le songe prend fin par l’arrivée du
bus qui ouvre ses portes dans un souffle mécanique.
Le jeune homme reprend ses esprits, se lève
encore un peu groggy et se dirige vers
le véhicule
L'homme (Off)
Et sais-tu ce qui me gêne ?
Mais avant de montée dans le bus, le jeune homme regarde derrière lui, et
constate avec surprise que le vieil homme a disparu.
Le chauffeur (Off)
Alors, vous montez ?
4. Bus. INTERIEUR. NUIT
Le jeune homme ne lui répond pas. Il grimpe dans
le bus, achète un ticket qu’il composte.
L'homme (Off)
C’est qu’à travers l’horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.
Le véhicule démarre et le jeune homme reste un
instant près du conducteur, il regarde à travers le pare-brise les lumières de
la ville.
L'homme (Off)
Et sais-tu ce qui m’ennuie ?
C’est l’air charmant et vainqueur
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon cœur.
Et sais-tu ce qui m’occupe,
Puis il emprunte l’allée centrale.
Tout en s’agrippant aux poignées le jeune homme
se dirige vers l’arrière quand son regard s’arrête sur une jeune femme assise
et emmitouflée dans un large pull en laine
trempé par la pluie
L'homme (Off)
Jeanne ? C’est que j’aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.
Assise et recroquevillée sur elle-même, il
reconnaît la jeune danseuse née dans ses songes.
Elle lève son regard vers l’homme qui ne pipe
mot.
La jeune femme questionne l’homme.
La jeune femme
On se connaît ?
Etonné l’homme reste un instant sans voix.
La jeune femme
Monsieur !
Le jeune homme reste interloqué.
L’homme
Euh… je, je ne sais pas.
CUT
victor Hugo
Chacun de nous à sa lunette, qu'il retourne suivant l'objet :
on voit là-bas ce qui déplaît, on voit ici ce que l'on souhaite.
Jean-Pierre
Claris de Florian
1755-1794
4 / Victor HUGO Pour
Jeanne seule (Poésie)
Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;
J’ignore, je le confesse,
Si le Seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou en latin,
S’il faut qu’on pleure ou qu’on
danse,
Si les nids jasent entre
eux ;
Mais sais-tu ce que je
pense ?
C’est que je suis amoureux.
Sais-tu, Jeanne, à quoi je
rêve ?
C’est au mouvement d’oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.
Et sais-tu ce qui me gêne ?
C’est qu’à travers l’horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.
Et sais-tu ce qui m’ennuie ?
C’est l’air charmant et
vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon cœur.
Et sais-tu ce qui m’occupe,
Jeanne ? C’est que j’aime
mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.
Continuité
Dialoguée
1er Version
1.
Petite place de village
EXTERIEUR. NUIT
Temps
révolus. Ambiance XIXème siècle. Images de synthèse.
Dans
le reflet d’une flaque d’eau, on aperçoit les contours d’une petite place de
village, aux murs gris et lépreux avec
en son centre un clocher surplombé d’une Lune pleine.
Voix Off
C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune,
Comme un point sur un i ;
Images réelles.
Le pied délicat d’une jeune femme se pose sur cette
surface liquide et vient troubler cette vision nocturne.
Un loup au regard
menaçant, sorti de l’ombre, vient
se poster à ses pieds.
TRAVELLING BAS
HAUT
On découvre la silhouette d’une femme qui semble
avoir fait un long voyage, habillée d’une cape noire qui cache une robe
raffinée, composée d’une étoffe pourpre ornée de fines dentelles et perlée de
pierres dont les dessins rappellent le firmament céleste.
Voix Off
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?
On découvre le visage angélique d’une jeune femme
portant une longue chevelure blonde et bouclée.
Elle lève ses yeux clairs vers l’astre nocturne.
Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?
2.
Ciel. EXTERIEUR. NUIT
L’astre.
Voix Off
N’es-tu rien qu’une boule ?
Dans sa circonférence apparaît le corps d’une jeune
femme drapée d’un léger tissu qui serpente en apesanteur et qui semble défier
la jeune femme.
Voix Off
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?
3.
Rue. EXTERIEUR. NUIT
La jeune femme remonte le col de sa cape et
s’encapuchonne.
La
jeune femme jette un regard vers son loup.
Le
loup lève ses yeux clairs vers sa maîtresse et se dirige vers la place de
l’église.
4.
Place de ville. EXTERIEUR. NUIT
De nos
jours.
Elle suit son loup et tous deux se dirigent vers la
petite place qui initialement se reflétée dans la flaque d’eau.
Mais l’ambiance a changé, à présent le décor nous
apparaît à notre époque. Les illuminations de Noël et les phares des véhicules
nous éblouissent.
Seules les lignes de quelques bâtiments, la flèche
de l’église surplombée de la Lune ronde ont traversé les temps.
La jeune femme se dirige vers ce qui semble être un
marché de Noël.
Image surréaliste d’une voyageuse intemporelle en
route pour un acte mystérieux.
5.
Marché de Noël. EXTERIEUR.
NUIT
Une belle jeune femme, futur maman, au cheveux noirs
et courts fait son marché.
Elle choisit sur l’étal quelques belles pommes.
6.
Rue. EXTERIEUR. NUIT
La jeune femme à la cape arpente le trottoir.
Elle marche d’un pas régulier mais personne ne prête
attention à sa présence.
Voix Off
Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?
Un homme près d’un fût en flammes fait griller des
châtaignes.
Elle s’arrête près de l’homme borgne qui se
réchauffe tout en remuant les châtaignes.
Elle le regarde. Il la regarde.
Il lui tend une main, où se trouvent quelques
châtaignes, protégée par des mitaines.
L’homme
Voulez-vous quelques châtaignes, ma petite dame ?
La jeune femme ne lui répond
que par un sourire de courtoisie.
Elle quitte du regard cette gentille gueule de
pirate et son regard vise au loin le petit
marché nocturne.
Voix Off
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?
Elle reprend sa marche et s’adresse à la Lune.
Voix Off
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
7.
Ciel. EXTERIEUR. NUIT
Un nuage noir passe devant la Lune ne laissant
apparaître qu’un croissant lumineux.
Voix Off
S’allonge
En croissant rétréci ?
Le nuage passe et l’astre reprend toute sa place et
dans le cieux. De sa clarté apparaît dans son disque le corps d’un fœtus.
8.
Marché de Noël. EXTERIEUR.
NUIT
La
jeune femme se sert sur l’étalage. Dans sa main gauche elle tient une boîte à œufs et de sa main droite elle
cherche la plus belle marchandise.
9.
Ciel. EXTERIEUR. NUIT
La jeune femme à la cape s’adressant à la Lune d’un
ton ironique.
Voix Off
Qui t’avait éborgné
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?
10. Marché de Noël. Etalage. EXTERIEUR. NUIT
Malencontreusement
la main délicate de la jeune femme brune touche un œuf en équilibre et il n’en
faut pas plus à ce fragile objet pour rouler et tomber de l’étal.
La
femme regarde dévaler la fragile coquille tenant dans une main la boîte à œufs
et de l’autre un œuf.
Voix Off
Car tu vins, pâle et morne,
La
main gantée de la jeune femme capée interrompt la chute de l’œuf avant que
celui-ci ne s’écrase à terre.
Voix Off
Coller sur mes carreaux
La
femme brune se trouve face à face avec la jeune femme capée.
Voix Off
Ta corne
La
jeune femme capée semble prendre plaisir à soupeser ce fragile objet,
assurément satisfaite, et finit par regarder la femme étonnée, tenant dans ses
mains l’œuf et la boîte.
Voix Off
A travers les barreaux.
La jeune femme capée pose délicatement l’œuf dans
l’alvéole protecteur de la boîte, sourit à la femme et s’éloigne à faisant le
chemin à l’envers.
11. Place de ville. EXTERIEUR. NUIT
Voix Off
Et c’est, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune
Comme un point sur un i.
La
jeune femme disparaît du décor comme par enchantement, la place à son tour
disparaît et la Lune de sa lueur persiste et nous dévoile avant de disparaître
à son tour la présence d’un fœtus qui esquisse un sourire.
FONDU AU NOIR.
d’Alfred de musset
Notez
donc que la première étoile, Saturne, purifie; la seconde, Jupiter, favorise;
la troisième, Mars, éveille la crainte; la quatrième, le Soleil, éclaire; la
cinquième, Vénus, apporte l'amour; la sixième Mercure, donne la chance; et la
septième, la Lune, court.
Maître Eckhart
1260
(?)132.(?)
3 /
Alfred de MUSSET Ballade
À la Lune (Poésie)
C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune,
Comme un point sur un i ;
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?
Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?
N’es-tu rien qu’une boule ?
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?
Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?
Qui t’avait éborgné
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?
Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne
A travers les barreaux.
Et c’est, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune
Comme un point sur un i.
Continuité
Dialoguée
1er Version
Résume de
l’histoire :
Dans un aéroport Inter Emotionnel, aux destinations
bien étranges, une charmante petite dame au visage tout rond avec des joues
bien roses se rend d’un petit pas
saccadé mais néanmoins déterminé vers son terminal à destination d’innocence.
Dans son esprit, trotte la poésie d’Anna de Noailles
et cette charmante petite dame avec son costume un peu stricte a la Marie
Poppins, son petit chapeau à cloche
vissé sur sa tête, son parapluie de campagne et son petit sac de voyage bien tenues dans ses mains,
croise et salue d’un geste de la tête des voyageurs représentatifs des
nombreuses cultures du monde dans leurs habits traditionnels.
Intérieur. Aéroport
Inter Emotionnel. Nuit
La petite dame, heureuse de partir en voyage
emprunte un escalator.
Dans les haut-parleurs une voix féminine informe les
usagers
Voix Off haut-parleurs
Les voyageurs à destination
de Constance sont attendus porte N° 12 pour embarquement immédiat s’il vous
plaît.
(Le même message est répété en anglais)
La
petite dame, la main sur la rampe atteint le haut de l’escalator.
Elle
lève la tête en direction du panneau indiquant les destinations.
Celui-ci
réactualise ses informations.
Les
destinations proposées sont : Innocence - Constance – Courtoisie – Enfance
– Mélancolie – Amitié – Désir – Servitude – Vérité – Indépendance – Errance –
Espoir – Rêve.
La
petite dame avance dans le hall.
Un
nomade en vêtements traditionnel mongol la croise.
Il
salue la dame qui à son tour incline sa tête en guise de salutation.
Leurs
regards se fixent le temps de la strophe.
Le nomade
Si tu veux nous ferons notre
maison si belle
Que nous y resterons les étés et l'hiver !
Nous verrons alentour fluer l'eau qui dégèle,
Et les arbres jaunis y redevenir verts.
Le
nomade adresse un sourire à la petite dame.
La
petite dame acquiesce de la tête et reprend sa marche.
Un
peu plus loin, un homme du désert en gandoura bleue la croise sans s’arrête et dans
l’échange de regard avec la petite dame.
L’homme du désert
Les jours harmonieux et les saisons heureuses
Passeront sur le bord lumineux du chemin,
Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses
S'enlacent en jouant et se tiennent les mains.
Un
peu plus loin la petite dame tout en continuant sa marche regarde vers un jeune
couple de type européen qui se font face et discute entre eux. La Voix Off de
la strophe qui suit dite par la dame se superpose aux mouvements des lèvres du
couple.
La petite dame synchrone
avec la lèvre de la jeune femme.
Un rosier montera devant notre fenêtre
Pour baptiser le jour de rosée et d'odeur ;
La petite dame synchrone
avec la lèvre du jeune homme.
Les dociles troupeaux, qu'un
enfant mène paître,
Répandront sur les champs leur paisible candeur.
La
petite dame quitte du regard le jeune couple et son attention s’arrête sur un
moine bouddhiste assis à même le sol alors qu’une rangée de sièges libres se
trouve près de lui.
Le
moine bouddhiste lève son regard vers la petite dame qui passe, leurs regards
se croisent le temps de la strophe qui suit.
Le moine bouddhiste
Le frivole soleil et la Lune pensive
Qui s'enroulent au tronc lisse des peupliers
Refléteront en nous leur âme lasse ou vive
Selon les clairs midis et les soirs familiers.
Son
attention se porte vers un griot africain qui vient vers elle. Les deux
personnages se croisent sur cette strophe.
Le griot africain
Nous ferons notre coeur si simple et si crédule
Que les esprits charmants des contes d'autrefois
Reviendront habiter dans les vieilles pendules
Avec des airs secrets, affairés et courtois.
Le
griot africain passe, suivit un peu plus loin, d’un nomade des froides steppes
sibérienne. Il se poste devant la petite dame qui s’arrête et regarde ce visage
marqué par les sillons d’une âpre vie. Le nomade emmitouflé dans sa tenue de
peau protectrice s’adresse
Le nomade
Pendant les soirs d'hiver, pour mieux sentir la
flamme,
Nous tâcherons d'avoir un peu froid tous les deux,
Et de grandes clartés nous danseront dans l'âme
A la lueur du bois qui semblera joyeux.
Le
nomade lui adresse un vrai sourire puis s’éloigne de la petite dame en lui
adressant un signe de la main.
La
petite dame regarde partir cette rencontre qui se fond dans les allées et
venues des autres voyageurs.
Du
regard, la petite dame vise une rangée de sièges. Elle décide d’aller s’y
asseoir. Et tout en regardant ce monde qui se croise, une petite fille vient à
elle.
La
petite fille tend son poing fermé comme pour donner quelque chose de dissimulé
dans le creux de sa petite main. La dame ouvre sa main et reçoit le don.
La
dame souhaite ouvrir sa main pour voir ce qui s’y cache, mais la petite fille
l’en empêche en dirigeant le poing fermé
vers la poche du tailleur de la dame. La petite fille s’éloigne à son tour.
Sur
les haut parleurs une annonce la concernant se fait entendre.
Voix Off haut-parleurs
Les voyageurs à destination
d’Innocence sont attendus porte N° 12 pour embarquement immédiat s’il vous
plaît.
(Le même message est répété en anglais)
La
petite dame se lève et se dirige vers la porte d’embarquement. Et tout en
plongeant la main dans sa poche pour y sentir l’objet que la petite fille vient
de lui donner.
La petite dame Voix Off
Émus de la douceur que le printemps apporte,
Nous ferons en avril des rêves plus troublants.
Elle
sort de sa poche le don de la petite fille
La petite dame Voix Off
Et l'Amour sagement jouera sur notre porte
Et comptera les jours avec des cailloux blancs...
d’Anna de Noailles
Les petites choses n'ont
l'air de rien, mais elles donnent la paix. C'est comme les fleurs des champs,
vois-tu. On les croit sans parfum, et toutes ensemble, elles embaument. La
prière des petites choses est innocente. Dans chaque petite chose, il y a un
Ange.
Georges
Bernanos
1888-1948
2
/ Anna de NOAILLES L’innocence
(Poésie) Si tu veux nous ferons notre maison si belle
Que nous y resterons les étés et l'hiver !
Nous verrons alentour fluet l'eau qui dégèle,
Et les arbres jaunis y redevenir verts.
Les jours harmonieux et les saisons heureuses
Passeront sur le bord lumineux du chemin,
Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses
S'enlacent en jouant et se tiennent les mains.
Un rosier montera devant notre fenêtre
Pour baptiser le jour de rosée et d'odeur ;
Les dociles troupeaux, qu'un enfant mène paître,
Répandront sur les champs leur paisible candeur.
Le frivole soleil et la Lune pensive
Qui s'enroulent au tronc lisse des peupliers
Refléteront en nous leur âme lasse ou vive
Selon les clairs midis et les soirs familiers.
Nous ferons notre cœur si simple et si crédule
Que les esprits charmants des contes d'autrefois
Reviendront habiter dans les vieilles pendules
Avec des airs secrets, affairés et courtois.
Pendant les soirs d'hiver, pour mieux sentir la flamme,
Nous tâcherons d'avoir un peu froid tous les deux,
Et de grandes clartés nous danseront dans l'âme
A la lueur du bois qui semblera joyeux.
Émus de la douceur que le printemps apporte,
Nous ferons en avril des rêves plus troublants.
- Et l'Amour sagement jouera sur notre porte
Et comptera les jours avec des cailloux blancs...
Bonjour. Gens de Poésie...de Cinéma et... d'ailleurs.
Je vous invite à quelques poésies des répertoires classique et contemporain et de leurs traitements cinématographiques.
Mon combat quotidien est de démontrer que la culture est une richesse à part entière. L'imagination, le rêve, le savoir, tous ces éléments que l'on pourrait considérer comme anti-matières ne sont pas comme on veut bien nous le faire croire ennemi du "fric" que l'on peut qualifier de matière. Le principe de dualité existe aussi pour ces deux états comme nous le révèle Florian dans sa poésie: La fable et la Vérité, ces deux sœurs qui ont besoin l'une de l'autre pour exister