9 / ANONYME DU XVIIIème
Le
sermon en proverbes (Lettre
ouverte)
"Ce que nous faisons dans la vie, résonne dans l'éternité"
Mes chers frères,
Cette vérité devrait faire
trembler bien des pécheurs ; car enfin Dieu est bon,
mais aussi qui aime bien châtie
bien. Il ne suffit pas de dire : je me convertirai ;
ce sont des propos en l’air ; autant en
emporte le vent. Un bon tien vaut
mieux que deux tu l’auras ; on
sait bien où l’on est, mais on ne sait pas où
l’on va, et il faut éviter de
troquer son cheval borgne contre un aveugle.
Au surplus, mes chers frères. Il
n’est pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre; et l’on ne peut faire
boire un âne s’il n’a soif ; mais comme un
fou avise bien un sage, je vous
dis votre fait, et ne vais pas chercher midi à
quatorze heures.
Oui, mes frères, vous faites des
châteaux en Espagne ; mais prenez garde, le démon vous guette comme le chat le
fait de la souris ; il fait d’abord patte de velours ; mais quand une fois il
vous tiendra dans ses griffes, alors vous aurez beau vous chatouiller pour vous
faire rire, et faire le bon apôtre, vous en aurez tout du long et tout du
large.
Mais si quelqu’un revenait de l’autre
monde et qu’il en apportât des nouvelles, alors on y regarderait à deux fois ;
quand on sait ce qu’en vaut l’aune, on y met le prix ; mais là-dessus les plus
clairvoyants n’y voient goutte et la nuit tous les chats sont gris.
Prenez garde, disait un grand
homme, n’éveillez pas le chat qui dort. Vous êtes à l’aise comme rats en paille
; vous avez le dos au feu et le ventre à table ; on vous prêche, et vous
n’écoutez pas mais ne dit-on pas :
ventre affamé n’a point d’oreilles ; mais aussi rira bien qui rira le dernier.
Tout passe, tout casse, tout
lasse ; ce qui vient de la flûte retourne au tambour ; et l’on se trouve le cul
entre deux selles ; mais alors il n’est plus temps, il est trop tard de fermer
l’écurie quand les chevaux sont dehors.
Souvenez-vous bien, mes chers
frères, de cette leçon ; faites vie qui dure; il ne s’agit pas de brûler la
chandelle par les deux bouts. Qui trop embrasse mal étreint ; et qui court deux
lièvres à la fois n’en prend point. Mais contre mauvaise fortune il faut faire
bon cœur et battre le fer tandis qu’il est chaud.
Oui, messieurs. Bonne renommée
vaut mieux que ceinture dorée. Les riches payent pour les pauvres, et ils se
servent souvent de la patte du chat pour en tirer les marrons hors du feu ;
mais chacun pour soi, et Dieu pour tous.
Un auteur célèbre a dit :
" Chacun son métier, les
vaches seront bien gardées " ; et comme on fait son lit, on se couche.
Tous les chemins vont à Rome, dit-on, mais il faut les connaître, et ne pas
prendre ceux qui sont pleins de pierres ; il faut aller droit en besogne, et ne
pas mettre la charrue devant les bœufs. Si le démon veut vous dérouter,
laissez-le hurler ; chien qui aboie ne mord pas ; soyez bons chevaux de
trompette, ne vous effarouchez pas du bruit. Les méchants vous riront au nez
mais c’est un rire qui ne passe pas le nœud de la gorge; après la pluie le beau
temps ; et après la peine le plaisir. Moquez-vous du qu’en dira-t-on, et ne
croyez pas que qui se fait brebis, le loup le mange.
Écoutez bien ceci, mes frères, je
vous parle d’abondance de cœur. Quiconque fera du bien trouvera le bien. Les
écrits sont des mâles, et les paroles sont des femelles, dit-on, mais on prend
le boeuf par les cornes, et l’homme par les paroles, et quand les paroles sont
dites, l’eau bénite est faite.
Faites donc de sérieuses
réflexions, mes frères, choisissez d’être à Dieu ou au diable ; il n’y a pas de
milieu ; il faut passer par la porte ou par la fenêtre ; vous n’êtes pas ici
pour enfiler des perles, mais pour faire votre salut ; le démon a beau vous
dorer la pilule, quand le vin est tiré, il faut le boire, et c’est au fond
du pot qu’on trouve le marc.
Au reste, à l’impossible nul
n’est tenu ; je ne peux pas vous sauvez malgré vous. On dit que ce n’est rien
de parler, le tout est d’agir ; et comme charité bien ordonnée commence par
soi-même, je vais tâcher de tirer mon épingle du jeu ; alors, quand je serai
sauvé, advienne que pourra, moi, je m’en lave les mains.
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